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Lettre ouverte inter-associative (Décembre 2018)

Un Plan Local d’Urbanisme (PLU) est un document essentiel qui fixe les orientations en matière d’aménagement du territoire et les règles précises d’usage des sols. Jusqu’au 11 janvier 2019, le PLU de la Métropole Européenne de Lille (MEL) est soumis à l’enquête publique ; c’est donc la dernière étape pour exprimer un avis.
Cette lettre ouverte synthétise l’avis d’acteurs associatifs et citoyens de la MEL sur le PLU.

L’objectif de cette expression est multiple :

  1. résumer une position argumentée sur ce document ;
  2. appeler les habitants à contribuer à l’enquête publique ;
  3. attirer l’attention de la commission d’enquête sur les dangers du scénario porté par ce PLU ;
  4. et interpeller les élu.e.s de la MEL sur leur lourde responsabilité.

Alors que les attentes en matière de transition écologique et solidaire sont nombreuses, ce nouveau PLU de la Métropole lilloise nous impose un véritable retour en arrière. Avec un logiciel bloqué sur la recherche de croissance démographique et économique, on ressort les vieilles recettes à base de zones d’activités et de contournements routiers. L’argumentation est bloquée sur les même mots d’ordre : regain d’attractivité, compétitivité, métropolisation… Par l’absence d’effets redistributifs, ce scénario “tout métropolitain” creuse les inégalités sociales et territoriales

Aucune réponse au défi du changement climatique

La version du PLU présentée en enquête publique n’apporte aucune réponse au problème du dérèglement climatique. Pire, si ce document fixe les orientations d’aménagement pour les 10 ans à venir, les choix opérés auront des impacts irrémédiables sur notre environnement.
Ce PLU renforcera la dépendance et le gaspillage de nos ressources : renforcement de la dépendance aux énergies fossiles et à la voiture, renforcement de la dépendance alimentaire, épuisement de la ressource en eau qui nécessite déjà des prélèvements sur d’autres territoires au détriment de leurs écosystèmes. Dire que le PLU n’est pas à la hauteur des défis écologiques est un doux euphémisme tant le contexte de la crise environnementale est passé sous silence.
Premier exemple, le problème de la ressource en eau potable, connu depuis plus de 20 ans, est emblématique. Il a fallu que le Préfet rappelle à l’ordre la MEL qui a “oublié” de prendre en considération la protection de la nappe phréatique de la Craie dont les limites sont aujourd’hui atteintes. Aujourd’hui, la MEL fait des annonces mais nous n’avons toujours aucune garantie que les champs captants soient véritablement protégés.
Autre danger, la trame verte et bleue, nécessaire à la restauration des échanges écologiques des espèces si dramatiquement fragilisées, est réduite à portion congrue, et n’intègre ni les terres agricoles, ni d’autres espaces à enjeux écologiques comme les zones à dominante humide
Ajoutons aussi la consommation des surfaces agricoles, pointée également par le Préfet, à hauteur de 1119 hectares. De grands projets d’urbanisation des terres agricoles sont portés par le PLU (comme sur une quarantaine d’hectares aux Muchaux entre Lambersart, Saint-André et Verlinghem) sur des territoires censés être préservés au sens du SCoT.

Un PLU de la mise en danger des écosystèmes

Là où il aurait fallu respecter le principe intangible d’Évitement, de Réduction ou de Compensation des impacts des aménagements sur un territoire, le plan de la MEL prend le risque d’être totalement inefficace puisqu’aucune évaluation des apports écologiques de nos écosystèmes naturels et agricoles n’est effectuée. Il manque cruellement à ce PLU une carte de synthèse des “évitements” - c’est à dire des zones qu’il faudrait préserver de toute urbanisation - qui croise notamment les enjeux environnementaux et les risques. En son absence et en toute illogique, le PLU choisit de construire sur les corridors écologiques, les terres agricoles 2, les champs captants…

La ville dispersée, moteur de la dépendance automobile

L’émiettement des choix de zone de développements urbains du PLU -conséquence des égoïsmes communaux- ne permettra pas de respecter les objectifs en matières de réduction de l’usage de la voiture fixés dans le Plan de Déplacements Urbains (2010-2020), pourtant document supérieur avec une obligation de conformité. En effet, comment desservir efficacement en transport collectif des secteurs éparpillés sur les 90 communes de la métropole ? Alors que le bilan à mi-parcours du Plan de Déplacements Urbains affiche déjà des résultats calamiteux (la part de l’automobile augmente encore), le modèle de la ville dispersée prôné par le PLU risque encore d’aggraver la situation en matière de transport.

Un PLU à l’envers et contre tous

Ce PLU fait des propositions contradictoires aux lois et engagements de la France (biodiversité, eau, air climat), et aux autres plans stratégiques et schémas du territoire qu’il doit pourtant nécessairement respecter : Schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (SAGE) de la Lys, Schéma de cohérence territorial, Plan Climat Air-Énergie Territorial (PCAET), Plan de déplacements urbains... À l’instar de l’avis de la Mission Régionale d’Autorité Environnementale (MRAe), nous constatons que les mécanismes de regards croisés, de vérifications ou de contrôle, sont négligés. Et que dire de la prise en compte des avis des habitants ou associations qui tirent la sonnette d’alarme depuis des années ?

Pour un PLU post-carbone

Avec le SCoT puis le PLU, la MEL manque l’occasion de mettre à profit les énergies citoyennes et associatives qui ont pourtant démontré leur volonté de co-construire. Aujourd’hui, nous refusons cet urbanisme contre le climat que porte le PLU de la MEL. Nous demandons fermement sa redéfinition afin d’aboutir à
un PLU de restauration des écosystèmes et des ressources naturelles,
un PLU de la préservation des champs captants et des terres agricoles pour augmenter l’autonomie alimentaire,
un PLU de la transition écologique et énergétique par la mobilité active notamment,
un PLU qui anticipe et innove pour promouvoir la sobriété des modes de vie et une économie post-carbone...
Nous avons le devoir de progresser vers la sobriété et de construire la résilience. C’est une nécessité pour les générations futures que nous rappelle avec force le cri d’alarme des scientifiques sur le climat.

Utopique ? Non, l’utopie a changé de camp.

Ce qui est utopique aujourd’hui, c’est de croire qu’on pourra continuer à espérer la croissance économique en prolongeant une tendance prédatrice sur notre environnement. Le réalisme aujourd’hui est de changer notre modèle, collectivement et radicalement, pour construire une société solidaire et résiliente.

Nous appelons chaque métropolitain à répondre à l’invitation de la MEL à s’exprimer dans l’enquête publique, et à signifier à a commission d’enquête les dangers du scénario porté par ce PLU

Premiers signataires :

- Wasquehal en Transition
- Collectif citoyen de Saint-André
- Emmerin Nature
- Environnement Developpement Alternatif
- Campus en transition
- Parc
- Entrelianes
- Virage Energie Nord Pas de Calais
- MRES
- les Planteurs Volontaires
- les Amis de la Terre Nord
- Nord Ecologie Conseil
- Axe Culture

La commission d’enquête recueille les avis ; chacun peut y contribuer


Comment :
en ligne, sur https://www.registre-numerique.fr/PLU2-MEL/
et en rencontrant les commissaires enquêteurs

Quel avis : les associations de la MRES appellent à une réelle prise en compte de la préservation de la ressource en eau, à la sauvegarde des terres agricoles et à l’opposition du démantèlement de la trame verte et bleue du territoire.
Elles ont élaboré un avis : PDF - 363 ko

Lundi 7 janvier 2019, 18h, à la MRES  : réunion "Je m’exprime dans l’enquête publique" :

> Partages sur l’avis argumenté des associations
> Comment participer à l’enquête publique

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